Aujourd'hui, j'ai accompagné ma soeur Lindsey a un concours qu'elle devait passer à Chicago. Un concours de Japonais.
Il y avait des brochures sur une table à l'entrée. J'en ai pris une et là j'ai eu l'illumination de ma vie. Tout est devenu très très clair dans ma tête. Mais oui mais bien sûr. Il fallait que j'aille au Japon...
Bon, pas vraiment l'illumination de ma vie en fait, parce que des illuminations de ce genre, j'en ai plein. C'est juste que ça ne m'était pas arrivé depuis un certain temps.
Je n'en ai pas eues quand j'ai décidé de venir ici. Que dalle, Niet, Nada.
Juste une profonde envie de savoir parler angais. Ouais. J'avoue. Je l'avoue haut la main même (c'est une expression ça ?). Le truc c'est que je comprends qu'on puisse être scandalisé. Je suis censée être ici parce que, vous comprenez je mourrais d'envie de découvrir une autre culture et éventuellement de partager la mienne, et blablabla...
Alors, oui, il y a ça. Il y a beaucoup de ça même. Mais maintenant. Parce qu'avant que j'arrive, faut bien dire que c'était pas ma priorité.
Je l'écris noir sur blanc ici maintenant tout de suite parce que dans quelques mois, à mon retour, je l'aurai oublié. J'aurai oublié que la première raison pour laquelle j'avais décidé de partir, c'était le bénéfice de la langue. Parce qu'au final j'ai fini par totalement le zapper (bon, c'est déjà le cas en fait).
Avant de l'expérimenter, on n'a aucune idée de ce qu'est cette expérience. Aucune. Zéro. Au final, rien, pas même les témoignages de ceux qui l'ont fait avant toi, ne t'y préparent.
Avant de partir on ignore à quel point on sera totalement livré à soi-même, et à quel point la moindre des difficultés pourra soudainement devenir une montagne.
Même maintenant alors que j'essaie de vous expliquer ce que nous pouvons ressentir, je sais bien qu'il y a 99% de chances que vous ne compreniez pas. Moi non plus je comprenais pas.
Bon j'arrête de parler de mon expérience parce qu'à la base je n'écrivais pas cet article pour ça en fait. En plus vous pourriez croire que je ne suis pas heureuse. C'est faux. Je suis parfaitement heureuse d'être partie et de vivre ici.
La raison de cet article, c'est mon désir de voyager. Qui pour un moment semblait m'avoir un peu quittée. En fait non, pas quittée. Il s'est juste un peu endormi, le temps que j'assimile les bases de ma nouvelle culture d'adoption, j'imagine.
Et puis il y a eu ces photos sur la brochure, les cerisiers en fleurs, les lacs, le mont Fuji, les singes qui se baignent dans l'eau fumante sous la neige, une apprentie-geisha au visage maquillé de blanc. Et cette envie de Départ qui m'a soudainement sauté au visage, littéralement.
Ma soeur va partir vivre au Japon pendant un an dans le cadre de ses études, en 2012. Et bien pour tout vous avouer, je crois bien qu'en 2012 ma plus grande priorité ne sera pas le bac mais les vacances d'Avril (je choisis le printemps, à cause des fleurs...).
Mais il n'y a pas que ça (non, ce serait trop triste pas vrai ?). J'ai d'autres idées qui ont également choisi ce moment pour se re-manifester.
Du coup au lieu d'écouter tous ces ennuyeux étudiants blablater leurs discours en japonais, je ne songeais qu'au moment où je pourrais enfin retrouver mon ordinateur et aller sur... leroutard.com.
Je peux passer des heures sur leroutard.com. A planifier un voyage imaginaire, inventer des séjours pour les années à venir. Ou me replonger dans ceux que j'ai déjà faits, éventuellement.
J'ai des souvenirs merveilleux, j'ai de la chance (et je le sais).
En vrac : une balade en moto-taxi quelque part au Vietnam, des étendues d'herbe et d'eau dans le Connemara en Irlande, les plus adorables maisons d'hôtes au Canada, la première fois que j'ai mangé du beurre de cacahuète, en Angleterre, et plus de moments incroyables que je ne saurais en compter au Maroc.
Comme cette balade dans la vallée de l'Ourika, sur le dos d'une mule guidée par un gamin de dix ans, les étoiles dans le Sahara, les plats partagés avec des familles juste rencontrées, comme si nous étions des amis de longue date...
Il y a ce vieux projet avec ma meilleure amie, qui date de quand on s'est rencontrées (on avait quatre ans) : après ses 18 ans on partirait toutes les deux là où elle est née (en Polynésie). Elle aura 18 ans l'an prochain, et même si ça n'arrive pas, et ben, au moins on en aura bouffé du rêve, pendant plus de dix ans et on continuera.
Ma toute dernière lubie ? La Mongolie. Je ne plaisante pas (pourquoi plaisanterais-je ?). Mais c'est plus le genre de destination que je ferais complètement Seule. Allez savoir pourquoi. Parce que c'est tellement immense que je veux le garder pour moi toute seule ? Peut-être. Je passerai des nuits sous une Yourte traditionnelle, mangerai de la viande séchée, et irai parcourir des kilomètres et des kilomètres à cheval.
Le monde est très très grand, ce n'est pas moi qui dirai le contraire. Mais je m'en fous. D'une manière ou d'une autre, j'en ferai le tour.